Nov 172016
 

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Le poppers est un produit récent, puisque le nitrite d’amyle, le premier composant du poppers n’a été synthétisé qu’en 1844 par un chimiste français, Antoie-Jérôme Balard, dans son laboratoire.

En 1867, l’écossais  Sir Thomas Lauder Brunton, né en 1844, découvre que le nitrite d’amyle est un puissant vasodilitateur : il permet d’augmenter la taille des vaisseaux sanguins. Or les spasmes coronariens ou rétrécissement des vaisseaux sanguins sont l’une des caractéristiques des angines de poitrine et des maladies cardiaques. Faire respirer du nitrite d’amyle aux malades les aide à dilater leurs artères et à améliorer la qualité de leur circulation sanguine.

Cette idée formidable est venu à Sir Thomas Lauder Brunton en compulsant les travaux d’Arthur Gamgee et Benjamin Ward Richardson sur le nitrite d’amyle. Le nitrite d’amyle se substitua aux sangsues qui étaient alors utilisées pour nettoyer le sang.

On conditionne alors le produit dans des ampoules en verre dont on casse un bout avant de l’utiliser. Il parait que c’est le « pop » entendu au moment ou on brise l’ampoule et ou le poppers entre en contact avec l’air qui aurait donner son nom au poppers.

Le poppers a un double effet : l’augmentation du rythme cardiaque et la baisse de la pression sanguine. Cette réaction en chaine provoque une relaxation des muscles lisses dans le corps humain. En outre l’apport d’oxygène au cerveau est réduit ce qui peut procurer des sentiments multiples et variés selon l’état de l’utilisateur.

On découvre ensuite que le nitrite d’amyle est un bon anti poison contre les empoisonnements au cyanure. Le produit sera utilisé pendant près d’un siècle avec succès. Il est très connu dans le milieu du spectacle britannique dans les années 50 ou il a la réputation d’améliorer les relations sexuelles et les orgasmes. Durant les années 60 il fait une entrée dans les communautés gays des grandes villes américaines comme San Francisco ou New-York.

Durant les années 60, un nouvelle molécule fait son apparition, la trinitrine ou pilule de nitroglycérine. Elle est plus efficace que le nitrite d’amyle et va l’évincer du marché.

Panique chez les fabricants de nitrite d’amyle qui cherche un nouveau débouché pour écouler leur production. Il leur vient l’idée de proposer le produit à l’US Army pour aider les soldats partis à la guerre au Vietnam à respirer plus facilement malgré la fumée des armes.

Les soldats découvrent rapidement les propriétés secondaires du poppers, notamment sexuelle et le détournèrent de son usage premier. A leur retour de guerre, la demande pour le nitrite d’amyle explosa aux Etats-Unis et le nitrite d’amyle devint disponible dans les moindres recoins des USA.

Devant cette demande fulgurante pour un médicament, le gouvernement décida de restreindre son usage aux « vrais » malades avec une ordonnance. En 1969, la Food and Drug Administration (FDA) bannit de nouveau l’amyl nitrite de l’usage public : la molécule n’est plus délivrée que sur prescription.

Toute interdiction entraine la prohibition, comme dans les années 30. La mafia disposait des chimistes et des laboratoires, elle décida de faire amplement la promotion du poppers auprès de la communauté gay, via les magazines gays porno qu’elle contrôlait alors. Dans les publicités, on vante la symbiose unique du nitrite d’amyle et du sexe. Et pour cacher le tout, on le présente comme un parfum d’ambiance ou désodorisant d’intérieur.

Clifford Hassing, un étudiant en médecin californien étudie la molécule de nitrite d’amyle et y introduit un changement. Il crée alors le nitrite de butyle. Cette molécule est commercialisée comme un parfum d’ambiance sous la marque Locker Room. Parfaitement légale, elle contourne l’interdiction de 1969 et permet à tous les consommateurs d’accéder au poppers.

Une idée « brillante » qui relance le poppers. L’histoire veut qu’il soit diffusé dans les boites de nuit gays grâce à la ventilation,  même si aucune preuve n’existe, notamment dans les clubs à New-York, justement comme un parfum d’intérieur et on le vend sous le manteau. Le poppers se retrouve dans les lieux de rencontre et de drague entre hommes. Il n’est pas cher, la bouteille passe de mains en mains et permet à chacun de s’éclater et de repousser ses barrières sexuelles ou personnelles. En 1978, on estime l’industrie du poppers aux USA à 50 millions de dollars par an.

Il semble qu’il y ai un accord non écrit qui s’établisse alors aux Etats-Unis : le nitrite d’amyle, même s’il est interdit dès 1969, peut être vendu mais exclusivement comme parfum d’ambiance et auprès de la communauté gay. Il en sera de même au Royaume-Uni par la suite, quand le poppers traverse l’Atlantique pour se diffuser en Europe.

Le nitrite d’amyle est devenu très populaire dans les années 70, notamment sur la scène disco et dans les clubs. Sa grande force est d’être utilisé et en boite, et au lit, deux lieux ou on prend du plaisir. Il est alors associé à des valeurs positives, ce qui contribue à sa consommation.

il a même fait une apparition dans La Chasse, un film de 1980, réalisé par William Friedkin avec Al Pacino, Paul Sorvino et Karen Allen. On lui a aussi mis sur le dos le fait qu’il contribuait à la propagation du VIH, ce qui est évidemment faux.

Suite à de nombreuses interdictions, le poppers change de formule, le nitrite d’amyle est abandonné au profit de l’isobutyle nitrite, de l’isopentyle nitrite puis de l’isopropyle nitrite.

En 1988, nouvelle intervention de la FDA aux USA qui interdit la production et la vente de l’isobutyle ou nitrite de butyle pour l’usage récréatif personnel. Les fabricants contournent la loi en proposant le même produit mais comme parfum d’ambiance ou nettoyeurs à solvant. En 1990, le congrès interdit la production et la vente de tous les nitrites d’alkyle et donne au CSPC les moyens pour faire respecter cette loi.

On retrouve le poppers dans les années 90 sur la scène rave et techno que les gays ont popularisé. Au final le poppers est surtout utilisé par les gays. D’après une étude, de l’ordre de 25 fois plus que par les hétéros.

La France a longtemps été frileuse a son propos. Il a d’abord été légal puis les poppers à base de nitrite de pentyle ou de butyle ont été interdits de 1990 à 2007. Réautorisée, la vente de poppers est de nouveau interdite entre 2011 et 2013 suite à un arrêté du ministère de la Santé. L’arrêté a été annulé par le Conseil d’Etat, saisi par le Syndicat des entreprises gaies (Sneg), car il affirmait que le poppers provoque un risque de dépendance ou d’abus alors qu’il n’existe aucune étude scientifique ou d’enquête à ce sujet.  En outre, ces produits ont «une toxicité faible aux doses inhalées habituelles».

Aujourd’hui tous les poppers, à l’exception du nitrite de butyle, sont légaux en France, qu’il s’agisse de nitrite de pentyle, d’amyle, d’isopropyle. En effet depuis le 1er janvier 2017, le règlement CE n°1907/2006 proscrit la vente des produits contenant du butyle aux particuliers. Adieu le poppers à l’isobutyle (pour le moment).

Le poppers reste réservé aux adultes majeurs et se trouve en vente libre quasiment partout.

On le trouve aussi en Océanie et en Asie, même si sa vente y est plus confidentielle voir encore interdite.

D’une manière générale, retracer l’histoire du poppers au XXème siècle, c’est retracer en bonne partie l’histoire de l’héritage que la culture gay a laissé à la culture populaire.

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